Timothée Chalamet, portrait de l’artiste en jeune homme fragile

Dans Miss Stevens (2016) de Julia Hart, diffusé sur SundanceTV le mardi 12 mars à 22h25, le jeune Timothée Chalamet n’est pas encore la star montante, nominé à l’Oscar du Meilleur Acteur pour Call Me By Your Name (2017) de Luca Guadagnino. Mais Chalamet y est déjà remarquable par une scène qui vaut pratiquement d’audition offerte à tout cinéaste curieux : dans la peau de Billy, un lycéen que sa prof (Lily Rabe, sacrée Meilleure Actrice au Festival South By Southwest d’Austin pour le rôle) embarque en Californie pour un concours d’art dramatique, il livre un puissant monologue. Face caméra, le voilà qui déclame un passage de la pièce classique d’Arthur Miller, Mort d’un Commis Voyageur. Chalamet livre une interprétation nuancée, introverti, mélancolique hors des planches, et finalement comme un torrent sur scène. À côté, le voilà aussi embarqué dans une relation ambigüe avec son professeur… Miss Stevens est loin d’une première bande démo pour l’acteur franco-américain déjà présent à la télévision (la série New York : Unité Spéciale) et sur les planches depuis 2009 à l’âge de 14 ans. C’est une des couleurs d’une palette riche de rôles d’ados et jeunes hommes. Dans la saison 2 de la série Homeland (2012), il est le fils gâté et toxique du vice-président des Etats-Unis. En 2014 dans Interstellar de Christopher Nolan, il apparaît en fils de Matthew McConaughey astronaute, notamment dans une déchirante scène d’au revoir entre fiston et géniteur.

Partout où il passe, le cheveu sombre romantique, Chalamet apporte un supplément d’âme, de fragilité gracile, de doutes qui questionnent à chaque fois la masculinité de ses personnages. C’est bien sûr le cas dans Call Me By Your Name (pour lequel il sera l’un des plus jeunes nominés de l’histoire des Oscars), à la fois une romance homosexuelle (et avec une pêche aussi) et une méditation universelle sur le désir. Chalamet n’a l’air de jamais s’économiser, même dans des rôles plus secondaires ou en retrait. Dans Lady Bird (2017) de Greta Gerwig, il est le musicien en apparence cool et populaire, à la fois calculateur et fêlé à l’intérieur. Dans le western Hostiles (2017) de Scott Cooper, il joue un soldat certainement plus vulnérable que le personnage féminin vengeur de Rosamund Pike. Dans Beautiful Boy (2018) de Felix Van Groeningen, il se débat avec son addiction à la drogue sous les yeux impuissants de son père. Où s’arrêtera-t-il ? À encore 23 ans, Timothée Chalamet a encore le temps et le loisir de compléter son portrait du jeune homme contemporain, dans des genres très différents : on l’attend dans l’adaptation par Greta Gerwig du roman Les Quatre Filles du Docteur March, en roi Henri V dans The King de David Michôd, dans The French Dispatch de Wes Anderson (situé pendant la Seconde Guerre Mondiale) et le film de science-fiction Dune de Denis Villeneuve. « Je veux être un acteur, pas une célébrité », déclarait-il à Télérama. On le croit sur parole.

Léo Soesanto.

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