Teddy Bear : le bodybuilding, la chair et les liens du sang

Diffusé le mercredi 8 à 16H45 sur Sundance TV, le film Teddy Bear de Mads Matthiesen offre un singulier corps-à-corps mais avec beaucoup de coeur. Dennis, un culturiste danois de 38 ans, a parfaitement sculpté son corps mais reste d’une timidité maladive avec les femmes. La présence d’une mère possessive ne l’aide pas à rompre le cordon. Un voyage en Thaïlande pourrait être la clé pour trouver l’amour. Récompensé au Festival de Sundance 2012 dans la catégorie Meilleure Réalisation pour un Drame International, Teddy Bear prolonge le court-métrage du même cinéaste avec encore le body-builder Kim Kold, dont la présence à la fois réservée, imposante et tendre (comme un ours en peluche, traduction du titre anglais) fait tout le sel du film. Il écrase le cadre, en particulier ses partenaires thaïlandaises, mais a l’air à tout moment de vouloir disparaitre. Mais il n’est pas que le centre du monde : « le film traite des liens, sains et toxiques, que nous créons avec les êtres que nous aimons », déclarait le réalisateur à Filmmaker Magazine. « Dennis doit apprendre à chercher le bonheur d’après ses propres besoins, et non se le laisser dicter par son entourage et sa mère ».

Le culturiste, entre demi-dieu et créature bizarre, a toujours intrigué les cinéastes comme personnage. L’acteur et ex-gouverneur Arnold Schwarzenegger en est l’incarnation ultime, faisant converger les imaginaires de l’Amérique et d’une certaine Allemagne — le Rêve Américain et le Surhomme popularisé par Nietzsche et l’Allemagne nazie. Chaque film de « Schwarzie » est une pièce d’une carrière (ou d’une statue) qui se forge dans le métal, rigide et précise comme le robot Terminator qu’il a incarné, humanisée par l’auto-dérision et l’humour de l’acteur. On regardera avec intérêt le documentaire Pumping Iron (1977) de George Butler et Robert Flore, qui se concentre sur un Schwarzenegger encore culturiste et dont la volonté de fer crânement affichée annonce déjà toute sa trajectoire. Comme envers, à l’humour noir et cynique, du rêve américain sous testostérone, chevillé aux haltères et machines de salle de musculation, on jettera aussi un oeil sur No Pain No Gain (2013) de Michael Bay, avec Mark Wahlberg et Dwayne « The Rock » Johnson, où un gang de gros bras kidnappent et rançonnent un riche client du club de gym qui les emploie (et « toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé… » est normale puisque le film est adapté d’un fait divers). « Au début, l’Amérique était juste une poignée de maigres colonies : maintenant, c’est le pays le plus gonflé de la planète », y résume un personnage.

Du côté français, les bodybuilders fascinent aussi, sur le mode de la filiation. Bodybuilder (2014) de Roschdy Zem imagine comment un jeune homme, pour échapper à des malfrats à qui il doit de l’argent, se réfugie chez son père qui l’a abandonné : ce dernier est devenu culturiste et est interprété par Yolin François Gauvin, champion du monde de bodybuilding dans la catégorie vétéran. Dans Pearl (2018) d’Elsa Amiel, c’est cette fois une femme culturiste (la suissesse Julia Föry) qui voit débarquer, pendant le championnat qu’elle prépare, l’enfant qu’elle a délaissé pour se plonger corps et âme dans le sport. Le culturiste devient dans ces deux films un parent distant, le prétexte à une quête des origines déstabilisante pour tout le monde : pour le fils qui ne se reconnait plus dans son géniteur, à la fois, beau et étrange sous les muscles ; pour le parent, dont la présence de l’enfant les ramène aux sacrifices qu’ils ont pu faire pour sculpter leur corps. Un écho aux tissés avec les siens par Dennis dans Teddy Bear.

Léo Soesanto

 

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