« Sundance Midnight » : deux films d’horreur à New York

Tous les vendredi de décembre et janvier, SundanceTV propose la séance Sundance Midnight, soit un film d’horreur indépendant parmi les plus marquants de la production contemporaine. Ce mois-ci, New York est mise à l’honneur, façon Big Apple bien pourrie de l’intérieur, dans They Look Like People (2015) de Perry Blackshear (diffusé le 21 décembre) et Most Beautiful Island (2017) d’Ana Asensio (diffusé le 28 décembre), soit deux démonstrations originales du fameux « L’Enfer, c’est les autres » de Jean-Paul Sartre. Les « autres » de They Look Like People se glissent par exemple sous les apparences : Wyatt, jeune homme un brin perdu après rupture avec sa petite amie, reçoit de mystérieux coups de téléphone qui l’avertissent d’une invasion en ville de démons, qui prendraient l’apparence d’être humains. Wyatt se met à stocker et cacher chez lui hache, couteaux ou acide pour se préparer à l’inéluctable. Son meilleur ami Christian est le seul à le soutenir, quitte à rentrer dans son jeu. Réalisé avec peu de moyens et un casting réduit — le film se réduit parfois à un trio entre Wyatt, Christian et Mara, la collègue de ce dernier —, They Look Like People distille de grands frissons dans l’installation minimaliste de sa paranoïa, qui n’est pas sans rappeler celle de films comme Bug de William Friedkin ou Take Shelter de Jeff Nichols. Des films où l’horreur psychologique est domestique, intime et se partage à deux : Christian fait mine de croire Wyatt par amitié et parce que lui même doit gérer ses propres insécurités (notamment professionnelles), moins profondes que celles de Wyatt, mais tout aussi présentes.

Most Beautiful Island prend lui un point de vue féminin, à travers Luciana (jouée par la réalisatrice Ana Asensio elle-même), une jeune actrice espagnole qui a fui son pays et le souvenir d’un trauma. Débarquée à New York, sans carte verte pour travailler légalement, elle multiplie les jobs de fortune — baby-sitter, distribuer des prospectus de fast-food habillée en poulet — jusqu’à ce qu’une amie lui propose une mission rémunérée et simple : se présenter en robe chic dans une cave en ville. Sur place, Luciana découvre qu’elle n’est pas la seule, face à un groupe de beautés habillées à l’identique et qui ont reçu les mêmes instructions, et sous le regard inquisiteur de riches invités venus pour un « jeu ». On n’en dira pas plus, mais toujours avec un budget minuscule, collée au personnage de Luciana, Most Beautiful Island invente un drame d’autant plus glaçant qu’il se base sur une réalité concrète — l’immigration, la précarité — pour la pousser doucement, sans forcer, vers une situation extrême. L’horreur est ici économique, celle de l’exploitation pure et simple, cachée sous des atours glamour et sous le Rêve Américain.

Léo Soesanto.

Billets de Blog récents [ en bas de monopage d'un blog ]