Riz Ahmed, héros et héraut de la diversité au cinéma

Shifty (2008), diffusé sur SundanceTV le jeudi 18 avril à 21h30, est l’occasion de voir les débuts d’une des stars montantes à Hollywood et au Royaume-Uni, l’acteur (mais aussi rappeur) Riz Ahmed. On a pu ainsi le voir récemment dans les Night Call (2014) en assistant du caméraman chasseur d’images sensationnelles par Jake Gyllenhaal, en rebelle dans le film dérivé de Star Wars, Rogue One (2016) et surtout en étudiant accusé de meurtre dans la mini-série The Night Of (2016). Le magazine Time l’avait nommé parmi les personnes les plus influentes du monde par sa capacité, en tant qu’acteur né de parents pakistanais, à jouer dans des rôles très divers — sans que sa couleur de peau ou ses origines influent sur ses personnages. Dans Shifty, il joue le personnage-titre, un dealer de drogues qui échappe aux clichés — bien éduqué, commercial dans l’âme.

Shifty voit revenir dans sa vie pendant vingt-quatre heures son ami d’enfance Chris. Des retrouvailles où l’amitié, les bons souvenirs cohabitent avec d’anciens démons. « C’est juste un type comme les autres et c’est son travail », déclarait Ahmed au quotidien The Guardian au moment de la sortie du film, réalisé par Eran Creevy. « C’est intrigant. Pourquoi serait-ce surprenant qu’un dealer prolifique soit un étudiant avec d’excellentes notes et un génie des maths ? Il y a un différent débat sur le fait qu’il doit être ainsi ou non, mais le personnage existait instantanément, avec une profondeur ». Depuis ces mots prononcés onze ans auparavant, la carrière d’Ahmed s’est en effet ingénié à déjouer les clichés : pas de rôle simpliste d’immigré de service. Quand il joue un terroriste dans dans la satire We Are Four Lions (2010), c’est en apprenti loser. Dans la série Girls (2017), il est un surfer du nom de Paul-Louis. Dans le thriller Jason Bourne (2016), il joue le PDG d’un média social, l’équivalent de Facebook. Et dans Les Frères Sister (2018), il s’insère sans problème dans le genre du western. Son rôle dans The Night Of lui vaudra l’Emmy du Meilleur Acteur pour une mini-série — une première pour un acteur à la fois sud-asiatique et musulman.

Représentant un peu malgré lui d’une diversité émergente mais encore insuffisante des actrices et acteurs à Hollywood, Riz Ahmed assume cette responsabilité : « la politique vous choisit », déclarait-il au magazine GQ. « On nait dans un certain corps, à un certain moment et dans un certain endroit. Ça vous choisit. On n’a pas d’autre choix que d’être politisé ». Pour cela, l’acteur réfléchit à créer un réseau d’artistes issus de la diversité, cinéastes, artistes ou romanciers », après avoir prononcé un discours sur le manque de diversité dans l’industrie audiovisuelle britannique au Parlement anglais en 2017. En 2018, la position de l’acteur a même fait créer par des chercheurs le « Test Riz », dont le critère est d’identifier les rôles négatifs pour les acteurs musulmans : « si le film met au moins en scène un musulman identifiable — par l’ethnie, la langue ou les habits —, est-ce que le personnage parle de terrorisme ? »

Léo Soesanto.

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