Prénom Jacqueline

Diffusé sur SundanceTV le mercredi 24 avril à 20h35, Jacqueline (Argentine) de Bernardo Britto est une drôle de parodie de film d’espionnage, où une équipe documentaire suit les traces, en Argentine donc, d’une énigmatique française (Jacqueline donc, interprétée par l’actrice française Camille Rutherford) qui jure détenir des informations sur un complot politique impliquant la CIA. Vérité ? Mensonge ? Tout cela est trouble, dans une atmosphère foutraque et je-m’en-foutiste, qui nous rappelle que le quotidien des espions est plus proche du lanceur d’alerte Edward Snowden que de James Bond. On attend, on attend beaucoup et le cinéaste dans le film — tout comme le spectateur — se demande s’il n’est pas en train de se faire flouer. « Lorsque Edward Snowden a fait fuiter toutes ces informations, ça a fait de lui un type très normal, très réel », déclare Britto au site Moveablefest. « Et je me suis demandé pourquoi c’était important pour lui de faire ça et j’ai vu des parallèles bizarres avec ce que vit un artiste — il a tous ces trucs qu’il veut dire au monde, qu’il pense être important et lorsque le monde l’entend, tout le monde hausse les épaules, genre « ok ». Le monde ne fait pas grand chose avec l’information ».

Le film rappelle aussi tout le glamour et le mystère du prénom Jacqueline même au cinéma : la plus célèbre des Jacqueline — sinon l’unique — reste l’actrice britannique, francophone et ultra-stylée Jacqueline Bisset, « la plus belle actrice de tous les temps » selon le magazine Newsweek en 1978 et dont la carrière court depuis les années 60, à l’aise aux côtés de Steve McQueen dans Bullitt (1968), chez François Truffaut dans La Nuit Américaine (1973), Claude Chabrol dans La Cérémonie (1995), Abel Ferrara dans Welcome to New York (2014) ou François Ozon dans L’Amant Double (2017). De l’autre côté de la caméra, la jeune cinéaste grecque Jacqueline Lentzou, née en 1989, se fait un nom dans le court métrage, avec ses familles dysfonctionnelles (dont le court le plus récent est Hector Malot, Le Dernier Jour de l’Année (2018) et diverses sélections aux festivals de Berlin, Locarno ou Cannes.

Jacqueline a naturellement comme diminutif Jackie et on ne peut oublier Jacqueline « Jackie » Kennedy-Onassis, veuve du président américain JFK et souvent incarnée au cinéma, notamment par… Jacqueline Bisset. Natalie Portman en livre l’interprétation la plus mémorable récemment dans Jackie (2016) de Pablo Larrain, étude complexe, sans concession, de la personnalité de l’ex-Première Dame au lendemain de l’assassinat de son mari, entre image publique et blessures intimes (« Le film tient presque du collage », déclarait Portman à Vanity Fair, « cela vous donne le sens du mystère d’un être humain, parce qu’on ne peut comprendre réellement personne et que chacun est une centaine de personnes à la fois dans différentes situations et périodes de leur vie »). L’autre Jackie de poids, personnage fictif cette fois, est Jackie Brown dans le film-titre de Quentin Tarantino (1997), où Pam Grier est cette hôtesse de l’air lasse qui tente l’arnaque ultime pour refaire sa vie. Quel point commun entre toutes ces Jacquelines/Jackie ? Elles sont toutes brunes et rendent honneur à la signification (hébraïque) de leur prénom : supplanter. Passer devant tous les autres.

Léo Soesanto.

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