Pin Cushion, un conte de fées toxique sur l’adolescence

L’adolescence est cet âge ingrat comme chacun sait mais le premier long métrage de Deborah Haywood, Pin Cushion, diffusé jeudi 24 janvier à 20 heures sur SundanceTV, habille une histoire archétype avec des atours originaux, surprenants et surtout poignant. Lyn et Iona sont respectivement mère et fille, fraîchement installés dans une petite ville du Derbyshire en Angleterre : mais elles vivent dans leur propre monde, à part. Une maison décorée comme un château de conte de fées sous acide, où tout est mignon jusqu’au malaise, des cupcakes aux tricots. Le monde dehors est beaucoup moins clément que ce refuge où Lyn et Iona se sont enfermés dans une relation fusionnelle, toxique. A l’école, Iona est confrontée aux dures lois de la cour de récréation, aux groupes de filles se fait harceler et s’acharne à vouloir s’intégrer. Idem pour Lyn, sans doute aussi vulnérable que sa fille, avec ses voisines avec lesquelles elle cherche à sympathiser. Les conséquences seront désastreuses pour les deux.

Toute l’émotion de Pin Cushion tient à ce contraste violent entre la pureté naïve, presque pathologique de ses personnages principaux, et la pression sociale qui s’exerce sur elles. Iona croit être au paradis lorsque les filles les plus populaires et cool de l’école daignent lui parler et l’inviter à une fête, mais un prix terrible sera à payer.  La réalisatrice Deborah Haywood a nourri son film de ses propres expériences à l’école : « lorsque les gens ont commencé à écrire et parler de mon scénario, mon premier instinct a été de dire que ce n’était pas personnel », déclarait-elle avec une désarmante sincérité au magazine Sight and Sound. « Surtout parce que l’une des choses qui nous embarrasse, en tant que femme, est d’être autobiographique. Je pensais ne pas être une vraie cinéaste si je disais que c’était autobiographique — et je ressens encore la honte d’avoir été harcelée, je ne voulais pas ressembler à une victime, même si je suis à présent une adulte. Mais le film est personnel et si je ne suis pas honnête à ce sujet, je ne contribue pas de façon honnête aux discussions sur le harcèlement à l’école. Cela ne m’aurait pas aidé dans mon adolescence. J’aurais voulu voir des gens qui aient subi et surmonté l’épreuve ».

Présenté à la Semaine de la Critique Internationale du Festival de Venise en 2017, Pin Cushion est un premier tour de force comme long métrage pour Haywood après de nombreux courts métrages, à la fois comme journal intime hyper-coloré et féroce critique sociale. Dans le rôle de Lyn la maman, l’actrice Joanna Scanlan, plutôt abonnée au registre comique, rappelle une version de la chanteuse Susan Boyle, mais dans un monde où elle n’aurait jamais trouvé le succès. La nouvelle venue Lily Newmark impose sa présence rousse éthérée — le film lui est aussi très personnel puisqu’elle confie avoir été aussi harcelée à l’adolescence.

Léo Soesanto.

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