Love and Terror in the Howling Plains of Nowhere, un documentaire intrigant.

“Love and Terror in the Howling Plains of Nowhere” (diffusé vendredi 18 janvier sur Sundance TV à 20h35), ou littéralement en français “Amour et Terreur dans les plaines hurlantes de nulle part”, est encore la démonstration que la réalité est plus étrange que la fiction. Le documentaire de Dave Janetta nous accueille à Chadron, Nebraska, petite ville devenue théâtre en 2006 d’un bizarre fait divers. Steven Haataja est un brillant professeur de mathématiques qui vient tout juste de s’installer en ville. Il disparaît soudainement. Son corps est retrouvé des mois après, brûlé et attaché à un arbre. Suicide, meurtre ou plus ? Les journaux télé, enquêteurs mais aussi médiums s’emparent de l’affaire (toujours non élucidée), élargissant le champ des spéculations du meurtre xénophobe à un possible kidnapping par des extra-terrestres…

Le film de Dave Janetta se confronte au quotidien apparemment banal de Chadron, mais réservoir d’étrangeté in fine digne de Twin Peaks ou d’un film des frères Coen au fur et à mesure que les interviewés défilent : le shérif local, des professeurs ou étudiants… on y évoque un incendie ayant ravagé la région en 2006, comme signe à venir du sort funeste de Haataja. Un interviewé spécule à haute voix qu’il est un potentiel suspect dans sa disparition. Les pistes se multiplient et la victime, fin mélomane et cinéphile, qui s’était fait accepter par ses nouveaux concitoyens, nous échappe.

Mais le charme à la fois farfelu et inquiétant de ce documentaire tient aussi à son regard et sa voix, celui du caustique narrateur et guide touristique, l’écrivain Poe Ballantine. Celui-ci avait consacré à l’affaire Haataja un livre qui donne son titre au film. L’essai comme le documentaire confrontent le fait divers et la vie même de l’auteur — qui a consacré six ans au cas au point de s’installer en ville, avec femme, enfant, mais aussi doutes et tendances dépressives. L’enquêteur, la victime et l’enquête finissent par se confondre dans une interrogation mélancolique où notre attrait pour le roman policier, les morts non élucidées, renvoie à nos propres questions sur l’existence.

Léo Soesanto.

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