Les 10 Jours de Sundance

La 35ème édition du Festival de Sundance, la plus importante manifestation sur le cinéma indépendant américain, se tiendra comme chaque année à Park City, Utah, du 24 janvier au 3 février 2019. SundanceTV lui rend naturellement hommage avec une programmation spéciale « Les 10 Jours de Sundance ». Du 25 janvier au 3 février et à partir de 22h30, ce sera l’occasion de découvrir, en exclusivité et en avant-première, dix films parmi tous ceux sélectionnés au festival ces dernières années. Autant de propositions différentes, qui rendent compte de la vitalité de la création indépendante, aussi bien aux Etats-Unis qu’ailleurs, de la comédie au drame en passant par le documentaire.

On verra ainsi des personnages hauts en couleurs comme dans Good Dick (2008) de Marianna Palka, comédie romantique tordue où un employé de vidéoclub s’amourache d’une cliente (la réalisatrice Marianna Palka en personne) qui vient lui louer régulièrement des films porno old school des années 80. De son pitch salace, le film tire un portrait grinçant et sensible d’êtres sensibles et blessés. La cliente — ou plutôt « la femme » puisqu’elle n’est jamais nommée à l’écran — impose un long chemin de croix à son prétendant, refusant tout contact physique. Dans Sympathy for Delicious (2010), première réalisation de l’acteur Mark Ruffalo, c’est un DJ cynique qui se découvre des dons miraculeux de guérisseur, passant des platines vinyles à l’imposition des mains dans des cérémonies aux airs de concert. Aidé d’un joli casting (Orlando Bloom, Laura Linney), le film met en miroir les côtés obscurs respectifs du rock et de la religion.

Il est aussi question d’identités dans ces films : Spa Night (2016) de Andrew Ahn met avant la communauté sud-coréenne de Los Angeles de façon originale, via un jeune employé de sauna découvrant au travail son homosexualité. Kate Plays Christine (2016) de Robert Greene travaille de façon fascinante le brouillage entre fiction et documentaire, en dépiautant dans un jeu de miroirs le travail de préparation d’une actrice (Kate Lynn Sheil) pour un rôle particulièrement éprouvant — celui de Christine Chubbuck, journaliste télé passée à la postérité pour s’être suicidé à l’antenne, en direct, en 1974. Dans En Secret (2011) de Maryam Keshavarz, on explore le Téhéran underground à travers la liaison interdite entre deux jeunes femmes sur fond de drogue, musique et virées nocturnes, pour ressentir avec elle l’étouffement de toute une génération.

Le voyage continue en Chine avec Free and Easy (2016) de Geng Jun, comédie absurde sise dans une ville industrielle décrépite où un faux vendeur de savon essaie d’escroquer les locaux dans une succession de vignettes empreintes d’humour à froid. En Argentine, Mon Amie du Parc (2014) de Ana Katz relate l’amitié compliquée entre deux mères — l’une écrivain, l’autre ouvrière — bientôt mise sous tension par la paranoïa, le mensonge, l’escroquerie et les différences de classe. En République Dominicaine, Carpinteros (2017) de José María Cabral rafraîchit le genre film de prison en imaginant la romance entre deux détenus — un homme et une femme, joués avec fraîcheur par des non-professionnels — réduits à communiquer à distance avec leur propre langage des signes.

La réalité s’invite aussi en documentaire, avec systématiquement des solutions aux problèmes : The Case Against 8 (2014) de Ben Cotner et Ryan White filme comme un thriller haletant la longue bataille juridique pour annuler et déclarer inconstitutionnelle la Proposition 8 — un référendum de 2008 interdisant le mariage entre personnes de même sexe en Californie. En restant auprès des parties civiles et de leurs avocats, le film est à la fois intime et politique. Même équilibre dans Dreamcatcher (2015) de Kim Longinotto, qui s’attache à une fondation de Chicago cherchant à aider les prostituées et les réinsérer : le film est d’abord le portrait de sa fondatrice Brenda Myers-Powell, personnalité patiente et flamboyante, déterminée à redonner l’espoir aux jeunes femmes qu’elle croise inlassablement après avoir elle-même fait le trottoir pendant vingt-cinq ans.

Léo Soesanto.

 

 

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