La Chute, un portrait saisissant d’Adolf Hitler

Le grand acteur suisse Bruno Ganz est décédé le 16 février dernier à l’âge de 77 ans. Dans sa longue carrière, entamée dès les années 70, il avait aussi bien joué pour Wim Wenders (Les Ailes du Désir) que pour Lars Von Trier (The House that Jack Built). Mais sa performance récente la plus mémorable reste sans doute son interprétation d’Adolf Hitler dans La Chute d’Oliver Hirschbiegel en 2004, et diffusé sur SundanceTV le mercredi 20 février à 20h35. La Chute narre les derniers jours du dictateur, de son état-major et entourage dans leur bunker lors des derniers jours de la Seconde Guerre Mondiale. Passant spontanément de la colère au sourire, de l’intensité à la vulnérabilité, la prestation de Ganz fut saluée, par delà les controverses sur les erreurs historiques avérées ou non du film.

Au journal The Guardian, Bruno Ganz confia « avoir des doutes » quand on lui offrit le rôle. « Je me suis demandé si je voulais m’impliquer dans ces choses horribles et terribles. Mais il y avait une tentation — le sujet a un côté fascinant — donc j’ai dit oui. J’ai fait quatre mois de recherche. Les producteurs m’ont envoyé un enregistrement, secrètement réalisé en Finlande en 1942, avec la voix naturelle de Hitler — pas celle de l’orateur hurlant à quelle nous sommes habitués, mais une voix douce et attirante, celle d’un baryton calme ».

L’humanisation du tyran se fait à travers le regard de sa secrétaire Traudl Junge (interprétée par Alexandra Maria Lara), fraîchement recrutée au début du film et qui sert de double au spectateur, soudain immergé dans la cour du Führer, entre semblant de vie normale avant la fin du monde, réunions militaires condamnées d’avance et fêtes incongrues qui nient la réalité hors du bunker et à venir. C’est ce Hitler humain, figuré en grand-père aimé, aimant et souffrant selon Ganz de la malade de Parkinson (d’où les mains tremblantes de l’acteur à l’écran), qui sera souvent critiqué à l’époque : « malaise de voir le tyran si attentionné », écrira Télérama. On en revient à l’éternel débat de la représentation d’Hitler en art. Comment donner figure à l’incarnation du mal absolu au 20ème siècle. Le réalisateur allemand Hans-Jürgen Syberberg, auteur de Hitler, Un Film d’Allemagne en 1977, ambitieux anti-portrait d’Hitler qui ne cherche jamais à le montrer sous un jour réaliste ou documentaire, dira que La Chute est un film « prêt à consommer ». De son film, il écrit que « je considérais aussi qu’il n’était pas possible de représenter sa fin sans susciter une forme d’empathie, sans provoquer de la compassion pour la créature agonisante. Il ne revient pas à l’art de traiter un cas aussi grave ».

Le Hitler de Bruno Ganz inspirera une parodie virale sur Youtube, où les internautes reprendront la scène furieuse où Hitler comprend, au milieu de ses généraux, que la guerre est perdue : il s’agit de la sous-titrer avec des phrases sans rapport avec le film, mais avec des commentaires sur l’actualité, comme si Hitler pestait contre notre époque. Hitler prêt à consommer, en effet.

Léo Soesanto.

 

 

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