Corpo Celeste, le premier film lunaire d’Alice Rohrwacher

Corpo Celeste, diffusé sur Sundance TV le 8 et le 11 mai, est le premier film d’Alice Rohrwacher, cinéaste italienne qui s’est vite imposée en l’espace de trois longs métrages — le dernier, Heureux comme Lazzaro, a récolté le Prix du Meilleur Scénario au Festival de Cannes 2018 et lu vaut d’être jurée de la Compétition Officielle pour l’édition 2019. Née en 1981, la réalisatrice trace un sillon singulier, ancré dans l’Italie rurale, la jeunesse, l’utopie, les marges et la spiritualité. Le Lazzaro de son plus récent film est un paysan naïf, littéralement hors du temps, « un saint, l’idiot du village, l’ange, le miraculé, le candide » tel que le décrit Rohrwacher dans une interview à Télérama. Quelqu’un en complète rupture avec le monde moderne. C’est le cas aussi de la famille d’apiculteurs plongée malgré elle dans une émission de télé-réalité dans Les Merveilles (2014), son second film et Grand Prix du Festival de Cannes. Lazzaro parle aux loups, l’enfant dans Les Merveilles est fascinée par la présentatrice télé parée comme une fée irréelle (et interprétée par Monica Bellucci) : il y a quelque chose de la fable dans les films de Rohrwacher, convoquant l’émerveillement de l’enfance et la rudesse du monde moderne — ces deux films mettent en scène des petits mondes d’antan en voie de disparaître.

Il est touchant de voir tous ces motifs en germe dans Corpo Celeste (2011), film d’initiation adolescente  où Marta, 13 ans, se prépare pour sa confirmation et les cours de catéchisme dans une petite grise ville de Calabre. Ici, la religion est partout au point que le propriétaire de l’appartement où elle vit avec sa soeur et leur mère ouvrière est un prêtre « cool », mais qui rêve de décamper le plus vite possible de sa paroisse. Marta observe, apprend, et c’est le même regard à venir chez Rohrwacher, sur les « merveilles » cachées en ce bas monde et que peut révéler le cinéma, qui caractérise déjà Corpo Celeste. La messe de nuit du début où déambule Marta est vue comme une sorte de cirque où les bougies brillent telles des étoiles. Rohrwacher, qui a grandi dans un village mais sans aucune éducation religieuse, capte ces émois et éclats avec la même perplexité que son personnage — face à un catholicisme comme fondation précaire dans un paysage sinistre où tout n’est qu’immeubles inachevés. Cette oeuvre de jeunesse fait écho à ce que déclarait Rohrwacher aux Inrockuptibles à propos d’Heureux comme Lazzaro — et que l’on retrouve au centre de son travail, à la fois intime et mythologique : « je voulais travailler sur quelque chose d’originaire, comme un fil rouge qui pourrait traverser l’histoire de l’humanité : l’innocence ». L’innocence de Marta, yeux grands ouverts, où en guise d’ascension spirituelle, il s’agit de se lever sur la pointe des pieds comme les enfants tendant la main pour atteindre quelque chose hors de portée.

Léo Soesanto

Billets de Blog récents [ en bas de monopage d'un blog ]

24 hours party people

Le 15 Août, le Festival de Woodstock fête ses 50 ans. Séance massive et sauvage pour célébrer l’arrivée de l’été… Lire plus

An accidental studio

Lorsque le tournage de l’inoubliable « La vie de Brian » a été menacé par un manque de financement, quelqu’un d’inattendu est… Lire plus

24 hours Gay Pride

Nous ne sommes pas fiers uniquement un jour par an de la diversité, de la liberté et du droit d’aimer… Lire plus