California Dreams, ou l’envers du rêve américain selon Mike Ott

Diffusé en novembre sur SundanceTV, California Dreams (2017) est le plus récent opus du cinéaste Mike Ott, l’un des trésors les mieux cachés du cinéma indépendant américain et auteur depuis son premier long métrage Analog Days (2006) d’une déconstruction consciente du rêve américain. Le titre California Dreams n’en apparaît que plus ironique et tragique, entretenant le trouble d’un film qui aime brouiller les cartes. Documentaire ? Réalité ? Fiction ? On y suit cinq apprentis acteurs passant des auditions devant la caméra, déclamant des répliques d’autres films (entre autres Outsiders de Francis Ford Coppola ou Forrest Gump de Robert Zemeckis) ou s’épanchant sur leur vie privée avec un degré d’indécence et d’embarras qui fait constamment se demander au spectateur si tout est vrai ou s’ils jouent à être des acteurs (pas très bons). La crudité du dispositif contraste dans le film avec certains plans magnifiques et élégiaques des paysages californiens, soigneusement composés par le directeur de la photographie Mike Gioulakis, qui a aussi travaillé pour M. Night Shyamalan (Split, Glass) ou David Robert Mitchell (It Follows, Under the Silver Lake). Le rêve — qu’il soit hollywoodien, californien, universel — est bien là, mais pour l’instant inaccessible aux personnages du film.

C’est ce sillon constant que creuse Mike Ott depuis une décennie dans son travail — des personnages cherchant leur place dans une Californie (ou une Amérique) bien loin de Los Angeles. Proche parent de Freaks and Geeks, la série culte de Paul Feig, Analog Days peignait l’ennui et la mélancolie de lycéens de Newhall qui, comme Ott le décrivait à l’époque, est à « 48 kilomètres de L.A., donc pas vraiment nulle part, mais sans être complètement une ville ». Littlerock (2010) suivait une étudiante japonaise échouée dans la petite ville du titre et entame une « trilogie du désert » que poursuivent Pearlblossom Hwy (2012) et Lake Los Angeles (2014), où il s’agit encore de laissés-pour-compte de la société, chômeurs ou immigrés clandestins. Fan de Godard, Fassbinder ou Trauffaut, Mike Ott trouve son Antoine Doinel dès Littlerock, présent dans tous ses films depuis, en la personne de l’acteur Cory Zacharia. Ce dernier est la pièce maitresse de California Dreams où il joue (?) une version plus ou moins fictive de lui-même. Une sorte de Adam Driver en plus destroy, à la fois plus gauche et plus punk, mais qui incarne parfaitement la vision du cinéma par Ott : sans compromis, sans fard, nourrie et attendrie par la vie.

Retrouvez-le sur SundanceTV mercredi 21/11 à 02:00.

Léo Soesanto.

Crédits photos ©Mike Gioulakis

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