Archipelago, un élégant portrait british de famille

C’est un curieux drame familial que déploie la britannique Joanna Hogg dans son second long métrage Archipelago (2010). Nous sommes sur l’île de Tresco, un morceau des îles Scilly au large de l’Angleterre. Edward (Tom Hiddleston), sa soeur Cynthia et leur mère Patricia y louent comme chaque année une maison de vacances, officiellement pour fêter le départ en année sabbatique d’Edward pour un bénévolat en Afrique.  A leurs côtés, il y a la cuisinière familiale (oui, ce sont des gens aisés) et un voisin peintre. Des ressentiments et tensions s’installent. L’ « archipel » du titre se superpose vite aux personnages du film, qui sont autant d’îles éloignées par une mer de non-dits et d’allusions. Tout l’art du film est de procéder par retrait et soustractions en pour renforcer l’étrange climat. Nous sommes hors-saison et l’île est pratiquement déserte. On attend, comme Godot, l’arrivée du père d’Edward et Cynthia, présence absente et obsédante qu’on ne devine qu’à travers les coups de fil qu’il passe à Patricia. Dans le salon de la maison, au-dessus de la cheminée, un rectangle de papier peint propre signale qu’un tableau y avait été accroché. Où est-il ? Que représente-t-il ?

Bientôt au fil des conversations, le snobisme de classe, jamais lui en vacances, revient naturellement. Cynthia et Patricia prennent pour un caprice les envies humanitaires d’Edward, qui travaillait dans la finance. Ce dernier se rebelle contre les préjugés des siens, invitant leur cuisinière à dîner à leur même table. Cette distance entre les personnages est saisie par la réalisatrice Joanna Hogg comme dans un tableau à l’élégance minimaliste. La caméra est immobile, le cadre fixe, les personnages en rentrent et sortent. Il n’y a aucun artifice, pas de musique. La lumière est naturelle — les palmiers de l’île (nous sommes dans un climat sub-tropical) ont l’air blanchi, comme sur une île nordique. C’est donc un portrait de famille exigeant, où tout se joue sous la surface, qui est tout sauf décoratif. Cette recherche de l’honnêteté dans l’immobile, Hogg la tire paradoxalement de la comédie musicale. « Tourner des scènes à une distance particulière m’intéresse », déclarait Hogg au site Indielondon. « J’ai toujours été intéressé par les films de danse et comment certains films comme Tous en Scène sont filmés en plan large pour que l’on voit les mouvements des danseurs et acteurs dans un cadre très large. C’est pertinent par rapport à ce que je fais parce que je suis intéressée par la façon dont les gens interagissent entre eux et « dansent » entre eux ».

La classe aisée british est toujours d’actualité pour la cinéaste : tout juste dévoilé au Festival de Sundance, son nouveau film The Souvenir, avec Tilda Swinton, l’explore à nouveau, cette fois-ci dans les années 80.

Léo Soesanto.

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